Une transformation nécessaire

L’organisme Les Petits Pas Jacadiens adapte son véhicule aux nouvelles réalités

Préambule

L’organisme Les Petits Pas Jacadiens (PPJ) naît en 1975 à Saint-Jacques, communauté fondée par des Acadiens de la déportation. L’organisme évolue dans un contexte de loisir en dirigeant une école de danse traditionnelle offrant des cours, aux personnes âgées de cinq à vingt-cinq ans, et des spectacles de « danse traditionnelle ». Des chorégraphies d’inspiration traditionnelle sont enseignées et présentées publiquement au Québec et aux quatre coins du globe. Les points culminants sont bien sûr le spectacle annuel de l’école de danse et les tournées.

Depuis les années 2000, les dirigeants de l’organisme observent une chute drastique des inscriptions à l’école et à la troupe de danse. Les PPJ doivent désormais adapter leur véhicule aux nouvelles réalités et trouver des nouveaux moyens pour atteindre leurs objectifs. Les PPJ n’est pas le seul organisme à vivre une telle situation. Une réflexion nationale est nécessaire, car cette situation concerne tous les groupes ou ensembles folkloriques québécois.

Genèse

En 2010, après 35 ans d’existence, Les Petits Pas Jacadiens ressentent un besoin de restructuration. À l’automne de cette même année, les PPJ rassemblent les instances locales et régionales, pour discuter de l’avenir de l’organisme. Suite à cette rencontre, les PPJ déposent un projet visant à produire un plan d’action concerté avec les organismes du milieu. Doutant de la capacité des PPJ à porter une telle transformation, les bailleurs de fonds accordent une subvention uniquement pour établir un diagnostic de positionnement.

L’année 2012 marque le dépôt de l’analyse de positionnement de l’organisme.

Constats préoccupants [2012]

Nous vous partageons ici les quatre constats majeurs de l’analyse de positionnement de l’organisme.

  1. L’intervention des PPJ est en rupture avec la transmission de la danse traditionnelle. Il est à noter que pendant ces 37 ans d’activités « jacadiennes », il y avait une pratique traditionnelle de danse continue dans des familles et des salles publiques de la région de Lanaudière, et qu’il n’y a eu aucun vase communicant entre Les PPJ et la communauté de danseurs. La relation à la communauté est donc à construire.

 

  1. Le spectacle a un impact négatif sur la transmission et que la chorégraphie scénique fige la tradition. En d’autres termes, le spectacle folklorique contribue fortement à intensifier le processus de fixation et accélère la disparition de la danse traditionnelle vivante.

La Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (2003) et la Loi sur le patrimoine culturel du Québec (2011) parle plutôt de transmission de génération en génération et que les pratiques traditionnelles soient recréées en permanence par les communautés. L’UNESCO insiste sur le fait de « sauvegarder sans figer ».

  1. Le port d’un costume d’époque est « étranger au quotidien, à la fois carcan et élément différenciateur des autres et obstacle à l’insertion de la danse dans la vie de tout le monde ».

 

  1. Sur plusieurs centaines de personnes, voir plus d’un millier, ayant dansé au sein de l’organisation, très peu dansent encore.

Après avoir pris connaissance de cet état de la situation, les membres de l’organisme avait le choix d’être en continuité ou en rupture avec les valeurs du patrimoine (rassemblement, socialisation, expression, plaisir, transe, identité, partage, inclusion, accomplissement personnel et collectif, entre autres), soit de danser ensemble en communauté. Les membres de l’organisme ont opté pour la continuité !

En 2013, l’organisme libelle sa mission de la manière suivante : « Valoriser, transmettre, promouvoir et diffuser la danse traditionnelle québécoise et acadienne ».

Un projet porteur pour un repositionnement déterminant

Afin de s’enraciner dans son milieu et de permettre la continuité d’une pratique culturelle traditionnelle, dans l’esprit des objectifs de la Loi sur le patrimoine culturel du Québec, l’organisme propose, en 2013, un projet voulu comme étant « collectif » et « rassembleur ». Le projet « Transmission de la danse traditionnelle en Nouvelle-Acadie » visait à transmettre les danses du terroir, à impliquer la communauté dans cette transmission, à valoriser les porteurs de traditions et la pratique de la danse traditionnelle, à renforcer la cohésion sociale et l’identité collective, à dynamiser le milieu de vie et à mobiliser la communauté autour d’une action collective. Le projet offrait également la possibilité de dépasser les frontières municipales et de permettre des échanges entre communautés voisines.

Les PPJ ont organisé, en seulement un an et demi, 50 activités de danse traditionnelle dans Lanaudière, en plus de développer de nombreux partenariats. Ce dynamisme a permis de revitaliser et de documenter treize danses différentes.

Un concours mobilisateur

À l’automne 2014, les PPJ ont lancé le concours « Câll » la veillée chez vous ! Les familles des six communautés couraient alors la chance de gagner un musicien et un câlleur dans leur veillée du jour de l’An. Ce sont douze familles qui ont eu la chance de vivre cette expérience culturelle sur deux ans. L’impact du concours en a étonné plus d’un. Le défi était de mobiliser et de pénétrer les réseaux privés, les familles et les groupes d’amis.

Ateliers de câll

Afin de développer l’autonomie du plaisir collectif, Les PPJ organisent des ateliers de câll suivi de veillées de danse où les apprenants câlleurs deviennent des câlleurs-dansant dans leur propre set pendant la soirée.

Les veillées de danse au centre-ville de Joliette

En 2015, Les PPJ s’associent à la Ville de Joliette, la Société de développement du centre-ville de Joliette et Mémoire et Racines pour présenter des veillées de danse estivales extérieur au cœur du centre-ville de Joliette. Ce projet se poursuit malgré une interruption dû à la pandémie. Il permet de démystifier la danse traditionnelle, de la rendre accessible et visible dans la sphère publique ainsi que de permettre à de nombreuses personnes de s’initier à cette pratique ou à leur raviver la mémoire et les souvenirs.

Une vision et des objectifs audacieux

En 2019, l’assemblée générale annuelle adopte officiellement des objectifs et une vision donnant une orientation prometteuse à l’avenir de l’organisme et de la danse traditionnelle.

Objectifs

  • Développer la pratique de la danse traditionnelle sur le territoire lanaudois.
  • Dynamiser le milieu de vie.
  • Favoriser la prise en charge individuelle et collective.
  • Développer le plaisir de danser ensemble, en communauté ou en famille.
  • Favoriser la connaissance de la pratique.
  • Documenter la pratique de la danse traditionnelle et rendre la documentation accessible.
  • Impliquer les citoyens, les milieux institutionnels et associatifs et les porteurs de traditions dans l’action collective et l’activation des connaissances en danse traditionnelle.

Vision

  • Les danses traditionnelles du terroir se transmettront sans rupture de contact (de personne à personne).
  • La communauté, les familles et les groupes d’amis seront autonomes dans la pratique et la transmission de la danse traditionnelle.
  • La danse traditionnelle aura retrouvé des fonctions dans les fêtes populaires et les rassemblements de la communauté.
  • Les porteurs de traditions et la pratique de la danse seront mis à l’honneur.
  • La danse traditionnelle permettra des échanges culturels entre communautés.

Par nos projets rassembleurs, nous visons une collectivité dynamique, riche, attractive, unie, fière et engagée avec une appartenance et une identité fortes.

Notre vision de développement engendre les retombées suivantes.

  • Affirmer et renforcer la cohésion sociale, le sentiment de fierté et d’appartenance.
  • Permettre la continuité de la pratique de la danse traditionnelle.
  • Développer l’autonomie du plaisir collectif.
  • Concerter et mobiliser le milieu pour réaliser des actions collectives.
  • Développer les liens intergénérationnels.
  • Retrouver l’esprit de la fête communautaire.

Documentation de la gigue

À l’automne 2021, Les PPJ lancent un appel aux familles lanaudoises pour découvrir, valoriser et transmettre le répertoire de pas de gigue pratiqué dans les chaumières lanaudoises. Les PPJ sont à la recherche de photos et de vidéos de gigue. À ce jour, aucun recensement de pas de gigue n’a été effectué dans Lanaudière. Nous ne connaissons donc pas le répertoire pratiqué transmis par tradition orale dans les familles lanaudoises. Nous demandons donc la contribution des citoyens dans cette démarche novatrice de documentation de pas de gigue.

Conclusion

L’organisme Les Petits Pas Jacadiens a su adapter son véhicule et ses moyens à la lumière des derniers éclairages au niveau du patrimoine vivant et du développement culturel afin d’accomplir sa mission visant à permettre la continuité de la danse traditionnelle.

En cette ère de pandémie mondiale, l’organisme consacre ses efforts à la refonte de son logo et à un projet mystérieux qui sera dévoilé dans les prochains mois.

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